Le Carnet d’Evrard #2

19-20/07/2016
Je t’écris ce matin du 20 juillet parce que j’ai pris mon quart pour faire la vigie entre 5 et 7 heures, pour surveiller la venue éventuelle d’un ours sur le camp. Il fait jour comme toujours et pas trop froid, mais je suis tout de même emmitouflé dans ma doudoune à écouter le bruit du torrent en contrebas, des quelques oiseaux du coin, des blocs de pierres qui dévalent les versants alentours et des ronflements de quelques-uns de mes compagnons d’aventure.

Le coin est splendide, il fait beau, l’équipe s’entend bien et tout le monde va bien jusque-là. Il a commencé à y avoir un peu de casse et un peu de fatigue aussi après une grosse journée de portage hier mais dans l’ensemble, ça va bien.

Alors justement à propos d’hier, voici comment cela s’est passé pour nous au Renland tandis que Yann, Marie-Lilas, Raphaël et Gaëlle réglaient les dernières urgences a Ittoqqortoormit avant de nous rejoindre avec le second convoi de navette :

Réveil pas trop matinal dans un décor alpin, petit déjeuner sympa. L’objectif de la journée est pour une équipe de porter le maximum de choses jusqu’au pied du glacier Edward Bailey où nous souhaitons installer notre premier véritable camp de base. Et pour l’autre équipe d’effectuer les prélèvements de sol dans les moraines du glacier Apusinikajik que l’on a d’ici en visuel.

Ludo et Agnès constituent cette seconde équipe et prennent l’option traversée du cours d’eau exutoire du glacier pour approcher des moraines. Réveil tonique dans l’eau à 0°C ! Ils seront un peu coincés l’après-midi venu par la montée en charge de ladite rivière.

En tête de la première équipe, j’opte pour ma part pour le bord de vallée un peu tourbeux par endroit mais globalement plus confortable et roulant, et surtout nous évitant de nous mettre à l’eau. Nous sommes quatre et chacun porte un sac… trop lourd!
Nous prenons pied sur le glacier Apusinikajik alors qu’il est déjà midi et entamons sa remontée, simplissime avec un petit sac à dos, mais tellement épuisante avec des charges de 30kg.

Phil, à bout physiquement, laisse son sac à mi-chemin sur le glacier et continue avec nous en mode randonneur au lieu de forçat et nous l’envions beaucoup. Nous atteignons l’autre extrémité du glacier et apercevons le glacier Edward Bailey au loin, puis plus loin les faces extraordinaires des environs dans la fameuse paroi du Mirror Wall. Mais une falaise de glace d’une trentaine de mètres de haut faite de plusieurs barres de seracs nous barre la route et nous ne savons pas du tout comment descendre de lac. C’est à cet instant que Daniel Fievet de France Inter m’appelle en direct dans le cadre de son émission « Le Temps d’un bivouac ». Une petite parenthèse bien étrange dans cette journée d’effort et d’incertitudes. Aussitôt le téléphone satellite raccroché, nous reprenons nos investigations et repérages pour franchir ce verrou. C’est finalement sur le versant opposé que nous y parvenons.

Là, en contrebas, un petit lac jalonné d’icebergs. Un peu plus loin, d’autres icebergs mais cette fois posés à même le sable. Le spectacle de ces pénitents de glace est saisissant. Il semble que le lac ait été jusqu’a récemment plus grand, permettant aux icebergs de se détacher et de flotter librement, puis qu’un verrou ait sauté, le vidant en quelques heures de son contenu et laissant les icebergs giser sur le fond.
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Une fine bande de glace au-dessus du lac nous donne un accès à la moraine latérale puis à ce cimetière de blocs de glace. Au bout : une véritable plage de sable fin. Nous déposons nos affaires là pour le moment et attaquons le retour, il est déjà 17h. D’en bas de la barrière de glace, nous trouvons miraculeusement un autre passage direct et plus facile pour reprendre pied sur le glacier.

De retour au camp à 20h, nous accueillons les trois nouveaux arrivants (Gaëlle, Raphaël et Yann) et les aidons a débarquer leur matériel.

Pour info, on a trouvé des bois de rennes et des traces de renard arctique.
Il est encore plus de 2h lorsque nous nous couchons.

Evrard Wendenbaum

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